Quand l’esprit se vide… en pleine conscience
Et si l’on pouvait être éveillé… sans penser à rien ? C’est cette étrange expérience que des chercheurs tentent de décrypter dans une étude publiée dans Trends in Cognitive Sciences. Coordonnée par Athena Demertzi (Laboratoire de Physiologie de la Cognition, Université de Liège), une équipe internationale de neuroscientifiques et de philosophes propose un nouveau cadre pour comprendre le « vide mental », ces moments où l’on a littéralement l’impression que notre esprit est vide.
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Longtemps considéré comme un simple signe de distraction ou de somnolence, le vide mental apparaît désormais comme un état mental à part entière, doté de caractéristiques physiologiques, cognitives et neuronales bien spécifiques. Grâce à des données issues d’expériences comportementales, d’imagerie cérébrale et d’analyses conceptuelles, les chercheurs montrent que cet état s’accompagne d’une baisse de l’activité corticale, de fonctions cognitives atypiques et même de signaux cérébraux proches du sommeil… tout en restant éveillé.
Le phénomène intrigue aussi par ses similitudes avec certains états méditatifs ou les fameux « rêves blancs » — ces phases de sommeil sans souvenir de rêve, mais dont on se réveille avec le sentiment d’avoir “été quelque part”.
«En comparant ces états, nous espérons mieux comprendre ce que signifie être conscient sans pour autant avoir de contenu mental», explique Antoine Lutz, co-auteur de l’étude.
Ces travaux ne se limitent pas à la réflexion théorique : ils pourraient éclairer des troubles cliniques comme le TDAH, la démence, l’épilepsie ou certains troubles anxieux, où des “absences” similaires au vide mental sont fréquemment rapportées.
Les auteurs avancent un modèle inédit, où le vide mental résulte d’un cocktail complexe : baisse de vigilance de fond, altération des connexions cérébrales, et perturbations de fonctions clés comme la mémoire ou l’attention.
«Ce n’est pas une simple absence de pensée, mais un état mental à part entière, qui pourrait nous en dire long sur le fonctionnement de notre cerveau», souligne Athena Demertzi.
En invitant à considérer le vide mental comme un objet scientifique à part entière, cette étude ouvre de nouvelles pistes pour mieux comprendre les états de conscience… même ceux qui semblent n’avoir aucun contenu.
Référence
Thomas Andrillon, Antoine Lutz, Jennifer Windt & Athena Demertzi, Where is my mind? A neurocognitive investigation of mind blanking, Trends in Cognitive Sciences,
